Autrice : Joanne Richoux ♥
Editions : Actes Sud Junior
Nombre de pages : 99 pages
Date de sortie : 5 février 2020
"– T’es en train de mater mes boobs ?
Je pourrais mentir.
– De ouf.
Je mens jamais.
Elle s’approche, prend ma clope et la balance sur les dalles. Nos doigts se sont effleurés, ça vaut bien le sacrifice d’une cigarette."
Soirée déguisée.
Sacha navigue chez lui entre sa sœur jumelle, la fille dont il est amoureux et ses amis. De pièce en pièce, il traîne sa mélancolie et noie ses démons dans les volutes de fumée et les vapeurs d’alcool. Jeux de regards, frottements des corps, plaisirs furtifs, assauts repoussés… Le temps s’égrène, se dilue. Lui avec. Bad trip ? Et si une lumière brillait quand même au bout de la nuit ? Un roman noir, au verbe vif et cru, qui sonde les solitudes adolescentes, les fêlures de chacun, mais fait aussi entendre l’urgence d’aimer et d’être aimé.
Mon avis :
OK. OK. OK. On se Je me caaaaalme, on je respire un grand coup.... *UNNOUVEAUBÉBÉDEMADAMERICHOUX* *HYPERVENTILATION* *LÉNADANSL'EXCÈS?!NAAAAHJAMAIS*
Voilà l'effet que me fait la sortie d'un livre écrit par une autrice chouchou... Je ne vous parle pas de mon état lorsque j'ai découvert PLS dans ma bal (une fois l'enveloppe ouverte of course, je n'ai pas encore la faculté de voir à travers la matière (peut-être un jour, qui sait...)), un grand merci à Joanne Richoux et aux éditions Actes Sud Junior pour cet envoi qui m'a rendue de dingue !
J'vais essayer de vous pondre un avis sur cette lecture qui fait dérailler les boussoles, le nord se perd à l'ouest et l'est s'installe au sud... J'appréhende, je cherche, je m'arme de chocolat du dico pour fracasser - aplatir mes doutes en priant pour que les mots ne me fuient pas... Coup de poing en plein thorax, souffle coupé, histoire intense... Même lors d'une deuxième lecture, impression de découvrir certaines phrases pour la première fois, bonheur de se laisser emporter-bouleverser-fractionner par une si belle écriture qui décrit si bien l'environnement, ce qu'il se passe, ce que ressentent les personnages, en particulier Sacha, le protagoniste.
Sacha. Angie. Elle. Naissance d'êtres au corps d'encre, esprit de mots, sortis de l'envoûtante plume de Joanne Richoux (j'vais lui créer un culte, qui me suis ?!), bienvenue à eux dans notre imaginaire. Le temps d'une soirée, le temps d'une vie, le temps d'une seconde, le temps d'une heure, le temps d'une nuit, on suit Sacha le réceptionniste, le déambulateur, le danseur, le dragueur, l'amoureux, l'anxieux, le sensible, le frérot, le tatoué, le désabusé, le protecteur, le fumeur, un ado fossette-secret-mignon-cassé auquel il est difficilement impossible de ne pas s'attacher, de rester indifférent à ses états d'âme, ses pensées, son passé-présent-futur...
Dans cette ambiance de fête, le salon devient bulle de champagne, poke ça pétille ! où tout s'enchaine, tout s'enchevêtre à travers la musique, les corps qui sautent, se frôlent, se percutent, se désirent, les regards qui se cherchent pour mieux s'éviter, qui s'évitent pour mieux se retrouver, les gloussements, les bla bla, les rires, les pleures... Moment échappatoire ? Routine qui se fêle ? Illusion nourrie par les déguisements des ados, le vampire et Buffy finiront-ils par succomber à la haine, la peur ou l'amour ? Ou tous à la fois ? Attirance hypnotisante qui donne des palpitations-sourires-espoirs-déceptions-une-larme-salée-solitude-qui-devient-deux...
Est-il possible de dire que les personnages sont parfaits dans leurs imperfections ?
On sent le mal être de Sacha, mais d'où vient-il ? Qu'elle est la cause de sa dépression ? De ses vides ponctués de profonds moments d'extase, d'ivres euphories ? Vous le découvrirez en lisant PLS *smiley grand sourire auréole d'ange* (j'vais pas tout vous dévoiler non plus)... Mais sachez que la révélation m'a broyé le coeur et une rivière de larmes n'était pas loin d'inonder le pays... Une bouffée d'empathie pour ce jeune héros n'a pas manqué de tout submerger, câlin indéniable...
" - Sérieux, qu'est-ce que t'as ? T'es en mode désastre sublime ?"
En mixant avec brio sensations, sentiments et émotions, Joanne Richoux crée des personnages puissants, souvent différents de nous sans pour autant que se dresse un mur opaque, ou même une frêle barrière qu'une bourrasque de vent briserait sans peine, entre eux et nous, lecteurs... On ne reste point à l'écart tel un enfant puni au coin. Il est même plutôt facile de s'approcher de ces êtres de papier, de comprendre (et aussi (!) parfois de se retrouver dans) leurs peurs, joies, rêves, colères, espoirs et désespoirs,...
C'est ce qui me plaît tant dans les récits de cette autrice, non seulement son écriture, mais également tous ces protagonistes auxquels elle lègue un souffle de vie unique, particulier, qui vient se coincer lors d'une de nos multiples inspirations... But : faire leur nid dans nos poumons-artères-ventricules, de nos pieds jusqu'au bout de nos doigts, envahir notre sang, toucher notre âme en y laissant une trace ineffaçable, une caresse inoubliable...
Le vocabulaire employé est cru, le ton incisif mais non dénué de poésie. Ce n'est pas vulgaire, peut-être un peu, mais un soupçon de douceur (aigre-doux-piquant) embaume le tout... Le chagrin côtoie les ténèbres d'où perce une faible lueur telle une bougie luttant contre le gouffre d'une nuit sans fin. Cet éclat, c'est l'amour, c'est Elle, c'est l'espoir en un possible futur...
"Ça me traumatise, sa façon d'entrer en contact avec les choses. Ma sucette, l'eau, son top taché. Quand elle fait des gestes, c'est doux. Ses mains sont des abeilles miniatures qui butinent.
Cette meuf, je pourrais la regarder toucher des objets pendant des heures.
Des fruits, un Rubik's Cube, des cailloux.
Moi."
Se succèdent diverses odeurs, divers goûts : cigarette, praline, sueur, vins douteux, baiser goût sucette, vomi, vodka caramel, figue,... Certains se glissent sur la langue, tandis que d'autres nous effleurent à peine (je ne préfère guère m'appesantir sur le vomi, c'est pas des plus exquis). Les déguisements renforcent le côté festif-mystérieux-drôle, cette envie de se glisser dans la peau d'autre(s) ? Les jeunes s'amusent, profitent de l'instant T, se laissent emporter par les effluves des fumées toxiques, les mélanges alcool-adulte et jus-de-fruits-réminiscences-de-l'enfance n'épargnant pas pour autant cette brume qui dilate les sens, qui envahit l'esprit s'emmitouflant dans monsieur coton.
Pour conclure, j'ai été happée par ce court récit qui prend aux tripes et qui déverse une vague d'émotions qui colle à la peau... Sacha se perd dans l'alcool, les plaisirs, ses sombres pensées... Il surveille sa soeur du coin de l'oeil, s'enflamme en compagnie d'Elle, s'enlise en nous... Il dérive, abandonne, lutte, nous touche en plein coeur ! Lil Peep et sa mélancolie en fond sonore...
Un coup de coeur !
"Tiens, un flash.
Un truc de gamin ; un autre moi-même.
Y a une odeur de pâte à modeler, la sensation d'un tissu à imprimés géométriques sous mes doigts - le fuseau d'Angie - et une crépitation dans le ventre, au générique des Razmoket.
La vie était simple.
Genre, évidemment. Le bonheur se résumait à bouffer des Chocapic.
Mais surtout, la vie était plus réelle. Je sais pas, immédiate. Et puis en couleurs. Il se passe un truc sale quand on grandit. Un voile de poussière qui ternit et complique les choses."