mercredi 15 septembre 2021

Chronique : Steam Sailors, tome 1 : L'Héliotrope #PLIB2021


  

Autrice : Ellie S. Green

Editions : Gulf Stream

Nombre de pages : 384 pages

Date de sortie : juin 2020

Prix : 17 euros

Résumé :

Il fut un temps où les Alchimistes nourrissaient le Haut et Bas-Monde de leurs inventions merveilleuses, produits de magie et de science. Un temps de machines extraordinaires, de prodiges électriques et d'individus aux pouvoirs fantastiques. Une époque révolue depuis que les Industriels ont éradiqué les Alchimistes et leur formidable savoir. Pourtant, on raconte qu'à l'aube de leur disparition, ils auraient caché leur fabuleux trésor dans une cité secrète...

Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de L’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et de ses pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettrait de retrouver la cité des Alchimistes…

#ISBN9782354887759





Mon avis :

Steam Sailors est un des finalistes du #PLIB2021 qui m'intriguait le plus ! Il a fait un tel tabac sur la blogosphère et les réseaux, que j'étais curieuse comme une puce de découvrir à mon tour cette histoire mélangeant que de chouettes ingrédients : pirates, steampunk, magie, trésor et aventure ! 


Depuis la disparition des Alchimistes, le monde est divisé entre le Bas-Monde (les gens vivent sur le sol), qui connaît une période peu glorieuse, et le Haut-Monde (les gens vivent dans le ciel sur des bateaux ou sur des îles), lieu inaccessible et source d'envie, de toutes les rêveries pour les habitants du Bas. Prudence vit dans le Bas-Monde. Après une enfance passée à l'orphelinat, elle est amenée chez un médecin qui va la prendre sous son aile et lui transmettre son savoir : les propriétés des plantes, la préparations de potions et de remèdes pour soigner, etc. A la mort de son mentor, elle est virée de la maison (pas merci aux relous de service) et trouve refuge dans une cabane non loin du village. Elle devient la guérisseuse non officielle d'un bon nombre de villageois jusqu'à ce qu'une nuit de fête, des pirates du ciel s'emparent de la relique sacrée du village. Ils embarquent en même temps Prudence qui a suscité la curiosité d'un des pirates, mais pas seulement à cause de ses connaissances médicinales... car il semblerait que des rêves prémonitoires lui rendent visite en plus d'avoir un instinct dopé au red bull plutôt intéressant à écouter lorsqu'on souhaite rester en vie...


Une nouvelle vie dans les airs s'annonce pour Prudence que l'on voit parvenir petit à petit à s'adapter à son environnement tout comme à s'attacher aux pirates ! Vous ne serez pas déçu(e)s par l'ambiance car si les combats aux descriptions sanglantes sont aux abonnés absents (mes entrailles remercient l’autrice pour cette défection), certains éléments typiques de la piraterie lèvent bel et bien la main : manières de brutes, langages parfois grossiers, batailles, pas de quartier pour les ennemis,... Le sang, les blessures et les morts sont évoqués, mais pas dans les moindres détails (on laisse les recoins poussiéreux à l'ami Zola (bouhhh coupons cette langue de vipère ou plutôt ces doigts de chaton bagarreur)). Comptez aussi la camaraderie et les vacheries car les canailles du bateau de l'Héliotrope forment sans conteste une famille dans laquelle les membres peuvent compter les uns sur les autres ! Une véritable communauté prend vie devant nos yeux, ce qui était intéressant à découvrir. Toutefois, on s'attarde seulement sur les pirates principaux (coucou les officiers), les autres s'amusant aux oubliettes, mais je n'ai pas trouvé cela choquant car ce n'est pas possible de donner la parole à tout le monde sans s'y perdre je pense ou alors le livre s'étendrait jusqu'à dix mille pages (je ne dirais pas non pour ce point ihi) !



"C'était la ligne de conduite propre aux pirates : une maîtrise de soi remarquable dans les situations ardues, proportionnelle à une totale absence de retenue le reste du temps."



C'était fort mignon touchant de voir Prudence s’attacher aux pirates et vice-versa, ces derniers à elle ! Coeur sur le clan des officiers : l'accueillant cuistot Sergeï, l'astronome Gareth, le machiniste ours mal luné Petrus (il m'a parfois fait penser à Thorn dans La Passe-miroir au niveau du caractère), Ezekiel le boute-en-train et enfin le capitaine à l'aura bien mystérieuse ! Ce sont les meilleurs ! Au début, ma préférence s'est installée au niveau d'Ezekiel et de Sergeï, mais elle s'est ensuite déplacée vers Petrus (son air ronchon me faisait rire) et Gareth avec sa gentillesse (le grand frère que je n'aurai jamais snif), même si Sergeï était toujours dans la course ; que de pépites ! Prudence est également une chouette héroïne : persévérante, courageuse, curieuse et maligne. Le coup de coeur pour tout ce beau monde aux personnalités et centres d’intérêts distincts n'était pas loin, mais il m'a manqué du développement. On a des premiers traits de caractère plaisants avec certains passés doucement dévoilés, pourtant je n'aurais pas dit non à des psychologies plus poussées ! On garde la même recette, mais l'on rajoute du temps passé avec les personnages : on s'attarde plus longuement sur certains dialogues ou alors ces derniers se font plus nombreux car c'est ça qui est kiffant : les interactions entre les gens-gens ! Prout du roquefort aux passages de 2 lignes ou aux ellipses qui font un vague salut de la main en lançant un tchao les cocos... 


L'univers est super cool et bien palpable à appréhender grâce aux descriptions (des lieux, des actions,...) poudrées d'une zolie plume fluide ! Néanmoins, le récit aurait gagné en dynamisme avec davantage d'émotions, de sentiments et de pensées provenant des personnages. On dit vuiii aux sensations fortes, c'est parti pour un saut en parachute élastique (en ne se scratchant pas au sol, face écrabouillée contre terre, merci, bisous) ! 



"Les réponses viendront d'elles-mêmes, en temps voulu. Ne perds pas ton temps à te demander quelle est la signification de tout ça, parfois il faut accepter de fermer les yeux pour y voir plus clair."



L'intrigue capte sans aucun mal l’attention en parsemant toutes sortes de péripéties ! L'histoire est cohérente et peut sembler au premier abord peu innovante : un monde a subi des saccages et a été séparé en deux, une caste importante a disparu (son savoir et ses inventions compris dans le lot), une jeune élue aux aptitudes particulières se retrouve mêler au centre d'une quête qui pourrait tout changer (ici, sous forme de chasse au trésor, avouons que c'est stylé !). Pourtant, l'autrice propose un univers intéressant, intelligent et dans lequel on prend plaisir à poser nos patoches à évoluer, à découvrir le passé "général" ainsi que celui des personnages. On rencontre différentes cultures, sociétés et personnes, c'est chouette ! Le récit tient la route (ou son vole) ; si vous aimez le steampunk mélangeant machines, astronomie, un brin de magie (spirituelle ?) au milieu d'une ambiance de piraterie navigant entre ciel, terre et mer, vous vous régalerez !


On termine sur un bonus de taille : l'objet livre = une bombe de paillettes qui se collent dans les yeux ! La carte des lieux est aussi magnifique que celle du bateau, puis la couverture ne cache pas de mauvaises surprises, elle rend honneur à son intérieur pas dégueu magnifique !




Une excellente lecture pour une odyssée piratesque de folie !




" - Tu penses sûrement que la confiance est un mot curieux pour parler d'une bande de criminels, mais un serment de pirate est ce qu'il existe de plus sacré et respectable pour ceux qui s'y soumettent, dit Gareth."




jeudi 9 septembre 2021

Chronique : Rocaille #PLIB2021

  


Autrice : Pauline Sidre

Editions : Sillex

Nombre de pages : 480 pages

Date de sortie : février 2020

Prix : 25 euros

Résumé :


Gésill ne dort plus depuis qu'il est mort.

Assassiné puis ramené à la vie par les Funestrelles, des brigands sans scrupules qui voudraient le voir reprendre son trône, l'ancien roi Gésill n'a plus goût à rien.

Son sang vert, autrefois seule source de végétation de la Rocaille, s'est tari. Il pourrit. Seul un représentant des Magistres, ces êtres mythiques exterminés par les ancêtres de Gésill, pourrait y remédier.

Aussi, lorsque les Funestrelles, accompagnés du défunt, se mettent en quête de trouver un jeune homme qu'on dit leur dernier descendant, ils sont loin d'imaginer que leur découverte ébranlera toutes leurs certitudes. Sur la Rocaille comme sur eux-mêmes.

#ISBN9782490700035




Mon avis :

Vous avez vu cette couverture de la mort qui tue (on commence fort en chocolat ! par ici, j'aime instaurer direct une ambiance qui sent bon le camembert (oupsi ça pue un peu ça, nan ?)) ?!! (En vrai, elle me faisait peur au début #hellobabygirl) 
On peut remercier les éditions Sillex pour ce magnifique ouvrage (qui ne joue absolument pas au playboy dans la bibliothèque) ! Pour dire deux mots (ou phrases (si vous prenez tout au premier degré aussi roh) ça permettra de développer un mInImUm) sur cette maison d'édition, sachez qu'elle fonctionne à la manière d'un projet lancé sur Ulule, c'est-à-dire grâce à un financement participatif. Pourquoi, me demanderiez-vous ? Une de leur volonté phare est de mieux rémunérer les auteur(e)s qu'ils publient, ils ont donc choisi cette méthode en plus de ne pas passer par d'autres acteurs du monde du livre (diffuseur, libraire, etc.). Si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à aller faire un tour sur leur site ici !


Rocaille... Vous voyez les îles paradisiaques avec de l'eau turquoise transparente, des p'tits animaux choupis de toutes les couleurs, la végétation qui se croit dans un défilé de mode signé Louis Vuitton, des fruits qui dansent à gogo, le Soleil qui fait délicieusement crépiter la peau en lui offrant un bronzage couleur miel sapin ? Sortez-vous tout ça de la tête car Rocaille, c'est tout l'inverse : une terre aussi aride qu'un saucisson datant de l'époque de César, une végétation aussi sèche que ma peau ne recevant pas sa crème du jour (odeur fleur de coton, et vui les ami(e)s, rien que cela), un temps qui alterne entre une grêle qui vous envoie prendre le thé chez la faucheuse, un vent qui s'imagine dans une course de rallye à frôler les 300 km/h, une pluie qui vous fait économiser une douche (un semblant de positif qui se fane plus vite qu'un éclair (dans le ciel, pas au café pardi ! Bande de gourmands, va) lorsque vous tombez malade juste après) ou une brume qui s'amuse à rivaliser avec la nuit ou à déprimer le plus de monde possible... Il doit juste y avoir les moustiques qui vivent leur meilleure vie dans ces lieux sérieux...

Alors, partant pour terminer vos vacances dans cet univers admirablement accueillant ? En vrai, si vous avez une invitation au palais royal, ce sera option île de rêve comme décrite au début, sinon... ce sera la seconde description qui entrera en vigueur...

 

Dans ce monde où l'on préfère s'exiler en Antarctique que d'y séjourner, que se passe-t-il alors ? Grésil, roi descendant de la lignée du sang vert (un sang magique qui permet de produire des fruits, des légumes, toutes sortes de végétations afin de remplir les bidons des gens de la cour et de la population), a été assassiné (par qui ? Mystère...), puis ramené à la vie par les Funestrelles (médaille d’or des bandits du royaume) mandatés (par qui ? Mystère...) pour accomplir cette résurrection et l’aider à reposer ses miches sur le trône. Pour réaliser cette deuxième mission, le roi va avoir besoin d’un magistre (un clone de Merlin si l'on fait simple), mais c’est ballot car les magistres ont tous été massacrés il y a quelques siècles par un des ancêtres (fou et avide de pouvoir, de contrôle et d’un royaume plus luxuriant (ce qui n’a pas eu l’air de bien fonctionner entre nous)) de Grésil. Notre roi mort revenu à la vie semble avoir de la chance car sa route va décidément croiser celle d’un magistre (askip le dernier vivant), et boum bada boum, l’aventure a allumé les gaz !

 

On rencontre de nombreux personnages différents, mais ils révèlent presque tous un aspect peu avenant (comme en miroir de leur rude univers qu'est la Rocaille). Chez les Funestrelles, hargne, violence et langage grossier s'entremêlent comme les légumes s'embrassent avec bonheur dans une ratatouille ; tandis qu'à la cour, hypocrisie, complots et manipulations se font de courtoises (LOL) révérences. 


En même temps que les premières pages défilaient, je n'ai guère trouvé de difficulté à m'attacher aux personnages (sauf les pas gentils qui sont donnés à manger à Calcifer (vive les Ghibli <3)) dont j'étais curieuse de connaître leur passé ou leur personnalité ! Mais au fil de l'histoire, s'est progressivement installée une distance picorée d'une légère irritation... L'attitude de certains m'a énervée, voire même déçue (coucou monseigneur le roi et dame Iliane) : des défauts se sont creusés, des traits de caractère ont manqué d'être sondés... Cependant, même si des adultes se sont pris pour des enfants capricieux et que l'affection portée (par moi pour les personnages ; je m'assure de ne pas vous perdre en route aha) barbotait un seul pied dans l'eau, les personnages sont restés intéressants : de belles ébauches sont exposées, qui se révèlent originales à l'image de la Rocaille !


Pour rentrer dans le concret, j'ai éprouvé une grande tendresse pour Fauchon (même si le coeur était souvent serré au vu de la manière dont la plupart (pas tous heureusement, mais tout de même...) des autres personnages le traitaient). Le frère et la soeur du roi étaient prometteurs, dommage de ne pas les avoir vu plus souvent (même si la situation du frère est peu reluisante durant les 3/4 du livre hum). Après, c'est normal d'avoir des personnages secondaires (lot de consolation bonsoir)... En revanche, Ardan a été le dindon de la farce : on l'attend, on l'attend, on l'attend... lui et sa férocité légendaire... puis... voilà... il se montre impitoyable et méchant cinq secondes, puis tchao. En vrai, je m'attendais à ce qu'il soit davantage développé avec une présence plus accrue, même si l'on sent bien sa domination (psychologique et ensuite physique !) sur sa bande de malfrats !


Allez, on passe aux protagonistes, ça vous dit ? Pour une fois qu'ils apparaissent en seconde position et biiim (personne ne s'en bat les abricots, on aime cette prise de décision audacieuse, vui vui (elle se prend pour wonder woman ou quoi ? Quand on sait pas voler et qu'on dit n'importe nawash, on laisse sa tête (ceci n'est pas une montgolfière merci) amarrée à son corps et je elle on reste sur terre) (sinon, je vais bien, tout est sous contrôle, c'est gentil de demander ihi)) ! Bref, restons concentrés cinq secondes et stop le tergiversas (où en étais-je ?) ! Si l'on part sur Iliane, lieutenante cheffe des Funestrelles quand Ardan s'évanouit dans la nature, elle apparait comme super badass, déterminée, charismatique et féroce, en soi une leadeuse du tonnerre. Mais à la fin, elle devient aussi vibrante et consistante qu'un fantôme ! Dommage que sa volonté et sa force se fassent la malle... Par contre, 20/20 pour son ton sarcastique ! Mon avis est aussi mitigé pour Grésil et Luèlde qu'on peut considérer comme des anti-héros. Du coup, même si leurs actions (ou parfois absence d'action pour Grésil) et leurs comportements (jalousie toxique pas du tout excessive concernant... notre roi mort-vivant préféré !) laissent à désirer, tout ceci sort du lot ! On peut être déçu par la finalité, mais sur le coup, c'est surprenant car on ne s'y attend pas. 


Je vous recommande d'aller lire l'avis de Saiwhisper, en particulier sa partie sur les personnages qu'elle analyse super bien (quand je lis d'aussi belles chroniques, j'me demande pourquoi j'écris, tout est déjà dit avec merveillosité sérieux) ! C'est ici !


Oh lala, quand je pense que j'avais peur de ne pas avoir grand-chose à dire... Remercions avec solennité les blabla pertinents.


Pour revenir à la Rocaille, l'autrice a inventé un monde avec des paysages qui se dessinent sans aucun souci devant nos yeux. Les descriptions sont très visuelles et c'était fort sympa (de loin, car vivre là-dedans, nan merci, je passe mon tour) ! Une sacrée ambiance est créée et on découvre tout ça en même temps que le roi Grésil pénétrant pour la première fois dans les terres de son royaume, voire au-delà notamment grâce au passé de Luèlde (un point captivant car il a clairement vécu plusieurs vies en une, mais je n'en dirai plus)... L'agréable écriture n'y est sans doute pas pour rien surtout avec un riche vocabulaire comme accompagnement, si vous aimez apprendre de nouveaux mots vieillots ? rigolos ?, vous serez comblés ! 


Je vais de nouveau rouspéter, mais j'ai noté quelques longueurs qui m'ont fait relâcher mon attention... (Exemple en blanc pour pas spoiler : Notamment durant leur longueeee randonnée direction le manoir perdu des magistres...) Ce qui n'a pas été aidé par un manque d'actions (je chipote, c'était plus rare, ok j'avoue, prenez pas la mouche roh), toutefois, des moments importants ont vite été résolus et j'ai trouvé cela dommage ; la fin l'atteste où tout s'enchaine : pas le temps de dire ouf que les colombes roucoulent déjà... 


Pour terminer, je garde un souvenir globalement positif de ma lecture, même avec les p'tits couacs relevés. L'intrigue est prenante, un rythme est mis en place entre différents points de vue se succédant et les retours dans le passé ou dans des souvenirs... Puis sont amenées des pistes de réflexion sur la politique, les manières de gouverner, la relation des hommes avec la nature et leur environnement, pas de quoi s'ennuyer !

 


Une bonne lecture pour un univers intéressant à découvrir !




"Elle ricanait comme d'autres menaçaient de vous découper la tête à l'aide d'une scie rouillée."




mardi 7 septembre 2021

Chronique : La Princesse au visage de nuit #PLIB2021

  


Auteur : David Bry

Editions : de l'Homme Sans Nom

Nombre de pages : 280 pages

Date de sortie : octobre 2020

Prix : 19,90 euros

Résumé :


Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des étoiles et ses cheveux l’obscur.

Hugo, enfant violenté par ses parents, s'est enfui avec ses amis dans la forêt, à la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vœux des enfants malheureux... Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs, et a été placé dans une famille d'accueil.

Vingt ans plus tard, alors qu'il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il découvre que ses parents auraient été assassinés, et d'étranges événements se produisent. La petite voiture de son enfance réapparaît comme par magie. De mystérieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prénoms dans le vent
.

#ISBN9782918541721





Mon avis :

C'est partiiii les zamiiiii(e)s pour un nouveau touuuur sponsorisé avec goût et talent par le #PLIB2021 ! Bon, il peut y avoir des loupés comme nous le verrons probablement ici... Mais ça rentre dans les risques parsemant le plaisir, rien de meilleur qu'un peu de vinaigre dans une eau sans remous (métaphore incompréhensible bonjour, on ne dérange pas votre incruste ? Nan ? Tout baigne chez la baleine ? Okkkk, le roi du silence commence DE SUITE ! (En attendant, je m'en vais déguster une part de mille-feuille (ça change des crêpes pour une fois, et oui, c'est cool d'innover !))) !

Comme vous allez le voir (ou lire plutôt), mon immersion dans l'univers de David Bry n'a pas été une totale réussite où la magie a opéré à merveille (snif j'y croyais pourtant...) car les chuchotis de La Princesse au visage de nuit ne sont point parvenus à me capturer dans ses filets enchantés...





Hugo doit revenir dans son village d'enfance après bien des années sans y avoir posé ne serait-ce qu'un orteil, afin d'assister aux funérailles de ses parents victimes d'un fatal accident de voiture. En retournant sur ces terres chargées de secrets et de souvenirs enfouis, Hugo assiste à d'étranges phénomènes en plus d'apprendre que la mort de ses parents serait d'origine criminelle... Un lien est-il à faire avec cette fameuse légende de la princesse au visage de nuit qui a nourri l'enfance d'Hugo et de ses deux anciens amis disparus ?


Au début, j'ai été happée par l'intrigue et tous ces mystères entourant Hugo... J'étais curieuse de découvrir l'identité de cette princesse qui joue à la femme invisible ainsi que du lien semblant la relier au protagoniste, mais à la suite d'une petite pause dans ma lecture, j'ai eu du mal à retrouver cet intérêt porteur. Finalement, je n'avais plus qu'une hâte : lire les derniers mots de l'histoire (ça s'est dit, next ? Are you ready ?)


Pourquoi ce détachement ? J'ai relevé plusieurs points qui m'ont chiffonnée pour ne pas balancer frustrée ou soûlée (oupsi c'est dit) : tout d'abord, la manière dont est menée l'enquête. J'ai peu adhéré aux nombreux aller-retours qu'effectue Hugo pour essayer de glaner des indices et surtout de trouver le bon sens du vent qui parviendrait à réveiller les braises endormies des vestiges de son passé. Il rencontre plusieurs fois les mêmes personnages qui lui délivrent presque à chaque fois une petite ou un semblant de vérité (ou pas). Raison de ne pas lui dévoiler tout d'un coup : (ce livre n'existerait pas (je suis trop vilaine, achevez-moi)) il n'était pas prêt... Peut-être était-ce vrai, mais cela m'a frustrée, il aurait pu avoir une économie d'énergie certaine sans tous ces va et vient, vui vui ! Même avec un récit ponctué de révélations et de retours dans le passé permettant de comprendre l'enfance d'Hugo (puis en partie sa vie, ses sentiments et ses actes dans son présent d'adulte) et de découvrir ses deux amis d'école primaire, je n'ai pas réussi à renouer avec une affection pleine et entière pour l'histoire...


Autre élément qui m'a déplu (bouuuuh, je vous avais prévenu que ça n'allait pas être un avis plongé sous les feux d'artifice d'un 14 juillet) : les descriptions répétitives. Je vous assure, j'ai cru que ma liseuse allait prendre ses jambes à son cou avant qu'elle fasse un vol planer (non consenti, j'avoue, je suis indigne du respect que je dois à cette merveilleuse liseuse dévouée) en passant par la fenêtre... Entre l'orage qui roule ou qui éclate, les éclairs qui se croit en boîte de nuit à longueur de journée, les feuilles qui chancellent (AHA ça ne rigole plus à force de faire la fête ou de se croire à Halloween en voulant donner des frissons pimentés de sursauts !), la forêt qui étale sa mystérieuse ombre glaçante,... Bref, vous avez compris, même l'atmosphère étrange, dérangeante, à faire détaler Morphée au moment où l'on s'apprête à lui offrir notre esprit comme p'tit dej, m'a énervée ! (A partir de maintenant et seulement maintenant !, vous avez l'autorisation de m'assommer, ainsi on écourte les ralages et tout le monde pourra retourner vaquer à ses petites affaires de manière sereine, sannnnns avoir le sang qui bouillit plein gaz, promesse de ouistiti !)


Globalement, les idées sont chouettes, mais j'ai peu applaudi avec enthousiasme face à la manière dont le tout nous est présenté... Par exemple, j'ai trouvé les personnages intéressants (des personnalités propres, des rêves, des déceptions, des démons, des blessures, des qualités et des défauts), mais pas assez approfondis ou alors ils sont mis sur le devant de la scène avec des éléments récurrents, sans que soit apportée une touche de fraicheur ou de nouveauté qui fait naître des "wahouuuu" de la bouche. 




Cependant, sont abordés des thèmes forts qui font bourdonner nos pensées et nos émotions ; amarrez bien votre coeur... Des passages aussi tristes que terribles et choquants (chair de poule alliée à une aigre envie de vider son estomac...) font monter les larmes aux yeux, les personnages n'ont pas été épargnés par la vie... Heureusement, on peut compter sur l'aide infaillible de l'amitié et du soutien (et du vin) !




Pour terminer, La Princesse au visage de nuit contient de bons éléments (un suspense qui titille allègrement, un compte à rebours avant le solstice d'été qui livre une tension palpable, des personnages variés, une légende qui dissimule bien des secrets et des morceaux de mémoire brisée), mais les points négatifs relevés ont tout de même pris le dessus... La fin se termine vite aussi et je m'attendais à ce que le fantastique soit plus tangible, mais bon, ça change !


Je reste toutefois tentée par les autres romans de David Bry, notamment par Que passe l'hiver et Le garçon et la ville qui ne souriait plus. J'ai gardé les mots de la fin pour un chouette aspect (bah oui, on préfère le soleil à la pluie dans nos vies !) : la jolie plume poétique et fluide de l'auteur que j'ai hâte de (re)découvrir dans d'autres univers (en particulier les deux cités juste ci-dessus (en espérant que je sois moins reloue (est-ce seulement possible ça ?!) en kiffant +++)) !



Une lecture mitigée !




"Il y a des douleurs si vives qu'elles nous marquent à jamais."



dimanche 5 septembre 2021

Chronique : Rouge #PLIB2021

  


Autrice : Pascaline Nolot

Editions : Gulf Stream, collection Electrogène

Nombre de pages : 320 pages

Date de sortie : mai 2020

Prix : 17 euros

Résumé :


"
Ce qu'il vit avant tout, c'était l'immonde coloris écarlate qui rongeait à moitié le nouveau-né ainsi que l'infâme petite boule de peau surplombant son regard. Le monstre avait engendré un autre monstre !
- Comment devons-nous l'appeler ? lui demanda la vieille femme.
Il contempla le nourrisson en pleurs avec aversion. Puis il vomit sa sentence en un mot :
- Rouge !"


Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois-Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C'est là que survit Rouge, rejetée à cause d'une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu'il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal.
Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagés de la voir partir, conformément au pacte maudit qui pèse sur eux. Comme tant d'autres jeunes filles de Malombre avant elle, celle que tous surnomment la Cramoisie doit s'engager dans les bois afin d'y rejoindre l'inquiétante Grand-Mère. Est-ce son salut ou un sort pire que la mort qui attend Rouge ? Nul ne s'en préoccupe et nul ne le sait, car aucune bannie n'est jamais revenue...

#ISBN9782354887858





Mon avis :

C'est parti pour mon premier avis sur un des 5 finalistes pour le #PLIB2021 ! Si vous ne connaissez pas ce prix littéraire, je vous laisse directement aller vous renseigner sur leur site ici (ça évitera que j'essaie de vous partager quelques explications douteuses hum) !
J'adore Le Plib car il permet la découverte d'auteurs, d'autrices et d'histoires qui m'intriguent alors biiim plus question de tergiverser et hop on lit tout ça ou que je n'aurais pas lu de mon propre chef ! Rouge entre dans cette seconde catégorie car même si le résumé titillait ma curiosité, la noirceur annoncée m'enthousiasmait moins, mais je ne regrette finalement pas en grande partie grâce à la sublime plume de Pascaline Nolot = un véritable coup de coeur ! 


Avant de poursuivre, je tiens à préciser que cet ouvrage est à commencer en ayant en tête ces précautions concernant la présence de scènes violentes et ces sujets sensibles abordés : viol, harcèlement physique et moral, scènes sanglantes,... qui peuvent heurter. Il y a des passages remplis de détails qui ne sont pas jojos à lire, on ne va pas danser la macarena quoi ; plus sérieusement, faites attention à vous <3 !


Rouge s'annonce comme un conte revisité à la Perrault, mode sombre et violent activé ! J'en rajoute une couche, mais je vous assure qu'on n'est pas dans un gentillet récit à la Disney... Pascaline Nolot reprend des éléments clés du Petit Chaperon rouge (la fameuse héroïne dont le titre (Rouge of course !) incarne également son prénom, la grand-mère, la forêt, le chasseur, le(s) loup(s),…), mais en se les réappropriant à sa manière et notamment au travers de sujets actuels et intemporels : l’apparence, le consentement, la découverte de son identité et de ses origines, la mise en lumière de la vérité, le mal que peuvent entrainer les ragots,… Une légère influence d’autres contes peut aussi s’amuser à nous faire quelques clins d’œil, comme Hansel et GretelLa Belle et la Bête,…


Rouge subit toutes sortes de moqueries et de harcèlement depuis sa naissance. Elle est rejetée par tout le village qui croit qu’elle est l’enfant du diable à cause de la marque rouge ornant son visage et de la folie qui a rongée sa mère depuis qu’elle est tombée enceinte. Sans le prêtre et son ami Liénor, Rouge ne serait probablement pas restée en vie jusqu’à ses premières règles, sa mère ne pouvant pas la protéger puisqu’elle est morte en couche. En effet, une mystérieuse malédiction enveloppe le village qui doit donner chacune de ses filles lorsque leur premier sang est versé à la grand-mère de la forêt. D’où vient cette malédiction ? Pourquoi la mère de Rouge a-t-elle sombré dans la démence ? Qui est cette grand-mère qui garde chaque jeune fille partie à sa rencontre ?

Un conseil : ne vous fiez pas aux apparences, ces dernières sont très souvent trompeuses…


L’intrigue tourne principalement autour de Rouge qui essaie d’en savoir plus sur sa mère. Son chemin va croiser celui d’autres personnages aux premiers sourires peu empreints de sincérité… De nombreuses réflexions (on aime quand les méninges soulèvent ce genre d’haltères) découlent des thèmes abordés (ceux cités au-dessus en plus de ces suivants concernant : la nature, les animaux, les malédictions, la magie, la religion,...), mais aussi des personnages puisque l’autrice ne concentre pas l'attention uniquement sur son héroïne, ce qui permet de comprendre (ou-pas) la psychologie de chacun (la grand-mère et le prêtre en particulier) notamment à travers leur passé et les actes accomplis qui ont conduit à ce présent-là. On a donc affaire à des personnages bien approfondis, dont certains embourbés dans leur égoïsme, mais jusqu’au cou ! Les liens dévoilés ne manqueront pas de vous faire tourner de l’œil ou de vous donner envie de rendre votre dernier repas (faites votre merveilleux choix maintenant !), vous ne serez pas au bout de vos peines face aux choix que font certains pour essayer de combler un/des plaisir(s) personnel(s) ou pour sauver leur peau (quel jeu de mots les ami(e)s omg, il peut même s’appliquer au sens propre pour un personnage, mais je n’en dirai davantage…) !


En ne pensant qu’à soi, en n’assumant pas ses actes, on voit comment tout ceci peut affecter son entourage, la destinée d’une personne,… 


Pour revenir à Rouge, sachez qu’elle est très attachante ! Il est difficile de ne pas éprouver de l’empathie pour elle (et d’avoir envie de la prendre dans ses bras en lui promettant respect, acceptation et amour) : d’une part par tout ce qu’elle a subi, ce qu’elle vit et ce qu’elle va découvrir, d’autre part par son courage et sa détermination qui ne la rendent pas moins noble ! Les agressions projetées à son encontre sont horribles, des passages et des descriptions sont tout bonnement insoutenables, mêlant larmes et rage envers ceux/celles qui la font tant souffrir… Puis lorsqu’on pense qu’il ne peut y avoir pire, détrompez-vous car l’autrice ne semble point vouloir nous épargner (ses personnages reçoivent en premier, mais notre esprit et nos entrailles sont les suivants…)


Ambiance glauque, des violences qui heurtent, le bien et le mal se télescopent pour ne laisser place qu’à un spectacle illuminant une terrible danse macabre… Des révélations ne manquent pas de clouer sur place, des retournements de situation de déclencher des oh lala (NAN !!! Est-ce seulement possible ?!?) (Cerise sur la chantilly, même l'épilogue est de la fête en préparant une sacrée surprise) ! 

En revanche, quelques longueurs sont à noter : j’avais envie que ça aille parfois plus vite ! Par exemple, j’ai trouvé très intéressant de développer certains personnages (avec leurs pensées, leur passé, etc.), mais le rythme de l’histoire m’en a paru un brin pâtir à quelques moments en offrant de petits ralentissements (pause sieste activée – ça va, je rigole, l’histoire ne donne pas vraiment envie de dodo, parole de castor (c’est un animal qui tient sa parole, oui oui, ce n’est pas du touuuut une idée douteuse (what ?!) qui viendrait de surgir de mon imagination tel un lama bondisseur en furie parcourant sa prairie dans tous les sens) (la folie n’est pas admise comme coloc, ni comme rédactrice, de ce blog, absolument pas. Capiche ?!) !).


Je termine sur la fabuleuse note qu’est l’écriture de Pascaline Nolot et pour laquelle j’ai eu un beau coup de cœur (même avec quelques phrases trop longues (susceptibles de jouer sur la lenteur de certains passages ?). J’pense qu’en alternant avec des phrases plus courtes, je n’aurais pas fait de chichis car le rythme du récit aurait fait des loopings et moi = aimer les manèges à sensation (on n’est pas à bord du train de la mine ici, merci, mais chuuuut)) ! Pour reprendre sur cette magnifique plume choyée de poésie et d’un riche vocabulaire qui se savoure (non pour les atrocités décrites bien sûr, sorry de vous décevoir, mais j’suis pas fan de ce genre « d’actions »), rien que pour cela, je vous recommande de vous immiscer dans les rues et les environs de Malombre aux secrets inavouables… J’en rajoute peut-être une couche, mais la mélodie chuchotée par les mots assemblés avec merveille par l’autrice m’a charmée, sans équivoque possible.


P’tite dédicace à ce passage incroyable (à surligner pour un anti-spoiler de qualité ihi) : lorsque la sorcière rejette entièrement la faute sur le prêtre par rapport à ses actions peu charitables… Y’a-t-il un mot plus fort que « horrible » pour le décrire ? (Affreux ? Répugnant ? Abominable ?) Même les monstres sont plus sain(t)s que lui… (vous approuvez mes jeux de mots, n’est-ce pas ! Avouez qu’on se marre bien LOL) Ici, pas de pardon possible pour avoir détruit une vie, en plus de ne pas assumer ses actes et de chercher des excuses bidon impossibles à trouver !


A la limite du coup de cœur, c’est avec grand plaisir que je lirai les autres écrits de Pascaline Nolot !

 



 

Une lecture loin de laisser de marbre et qui n'oublie pas de graver son empreinte sillonnée de poésie et de tragique !




"En fait, même si cela paraissait simpliste, presque bête, elle avait réalisé qu'il était bien plus aisé de s'accepter quand personne ne passait ses journées à se moquer de vous et à vous humilier. Il finissait même par vous venir des moments d'optimisme insoupçonné, à songer que peut-être vous n'étiez pas si défigurée, juste un brin trop tachetée, le sourcil à peine boursouflé..."




samedi 28 août 2021

Chronique : T'as vrillé


 
Autrice : Joanne Richoux

Editions : Actes Sud Junior

Nombre de pages : 64 pages

Date de sortie : mai 2021

Prix : 9,80 euros

Résumé :


"
Danaël, dix-sept ans, cheveux longs, peau ravagée, jean large, pompes défoncées, se morfond dans sa cambrousse brumeuse, où c’est l’hiver dix mois sur douze et où les silos à grains ont des airs de fusées. Sa rencontre avec Florine, gothique, insaisissable, le bouleverse. D’abord vue de loin et puis un rapprochement décisif le jour d’une colle. Échange d’écouteurs. Une chanson de Nirvana. Connexion. Illumination. C’est l’histoire d’un aveuglement et d’une désillusion. Danaël se fait des films dans sa tête et vrille quand il comprend que ses sentiments sont à sens unique. Il est prêt à tout pour posséder Florine."






Mon avis :

Tout d'abord, un grand merci aux éditions Acte Sud Junior et à Joanne Richoux pour m'avoir permis de découvrir son nouveau cocktail d'encre et de papier explosif ! Encore une fois, elle nous offre une histoire ingénieuse aux phrases ravageuses qui rentrent sans frapper à la porte de notre coeur : irruption fracassante, les battements s'accélèrent, tout devient plus tangible, notre perception s'aiguise ; bien plus que de l'oxygène, c'est un souffle de vie qu'elle nous transmet !



Première histoire que je découvre de la collection D'une seule voix et la déception n'a pas eu besoin de sortir des ténèbres ! Après, peut-être ne suis-je plus tout à fait censée lorsqu'on parle de Dame Richoux et de ses histoires qui remuent… 


T'as vrillé, c'est le récit de Danaël, ce personnage qui a l'encre pour chair, les mots pour esprit, notre imagination pour lieu de vie. Il nous raconte son amour pour Florine qui est né sur une chanson de Nirvana, un jour de colle, chacun un écouteur vissé à une oreille différente, mais relié par un même fil. Florine au look gothique qui détonne tel un obus dans le lycée, puis sur la planète Danaël. Ce dernier va l'aimer au-dessus et en-dessous de tout, jusqu'à l'obsession, en refusant de croire que ses sentiments ne soient pas partagés, que ce qu'ils sont, que ce qu'ils ont vécu, que ce qu'ils vivent avec Florine ne peut relever d'une simple balade, de l'activité hebdomadaire du dimanche après-midi pour tromper l'ennui. 


« Est-ce que j’ai peur de souffrir ? Non, pas

de tes mains, Florine. Je suis ton serviteur,

ton esclave. Ton canard, ton pigeon,

chaque foutu oiseau qui s’enhardit 

à planer dans notre foutu ciel couleur

boue. « Notre » ciel, ça me réjouit

de le partager avec toi, savoir que t’es en

dessous. Tu entends, Florine ? Fais de moi

ce que tu veux, je m’en branle. »



Un texte court mais pas des moins marquants au cours duquel de nombreux thèmes se télescopent ou se succèdent (souligner pour ne pas être spoilé) : adolescence, scarification, violence psychologique et physique, séquestration, sexe, première fois, environnement, nature, écologie, cirque, maltraitance des animaux,… 


Une écriture à la fois poétique, crue et incisive, qui nous plonge directement au côté d'un adolescent tombant pour la première fois dans la marmite de l'amour jusqu'à s'en enivrer d'effluves toxiques. On comprend ce qu'il vit, ses émotions et ses sentiments, mais cela n'empêche pas le frisson intense qui nous parcourt, ce cri muet – NON – IMPOSSIBLE - lorsqu'on réalise, ou pas, jusqu'où est prêt à aller, va Danaël… 


Avant que ces mots surgissent et qu'un ordre s'installe de manière douillette ou du moins à peu près stable, le besoin de relire T'as vrillé a fait son nid dans les poumons ; d'où sort cette punaise de difficulté pour reprendre sa respiration (qui fait des caprices depuis la rencontre avec la plume de Dame Richoux) ?! 


Première lecture qui se dégomme, emportée par un tourbillon de mots, de sensations et d'émotions. Deuxième lecture plus posée, mais cela n'empêche point la collision, la redécouverte du texte et de ses phrases qui font cogiter, qui restent dans la tranchée…


Un style qui remplace le cinéma : les scènes s'invitent dans notre tête, les images chevauchent les phrases, mieux qu'une séance 4D de garantie. La pluie s'entendait par les gouttes toquant à la fenêtre, l'odeur de paille et de verdure donnaient envie d'atchoumer, ce qui aurait pu faire peur, déguerpir ou envoler cette mélasse de grisaille agrippée au ciel de Danaël… Envie de se noyer de ces odeurs… d'éprouver… d'entendre… de sentir… de goûter… Mais pas besoin de voir car l'histoire se déroule déjà devant nos yeux, comme si elle arrivait à se brancher à notre imaginaire : canal neurones.


Mots qui empoignent directement le coeur. 
Apnée.
Touché - Coulé. 
Coeur harponné, coeur compressé. 
Gorgé nouée. 
Frisson - celui qui part de la nuque pour aller se loger aux confins des orteils. 


Une écriture qui rassasie - en même temps, on en demande encore et encore. Une plume oxygène. Comment vivais-je, il y a une heure, il y a quelques minutes, avant d'avoir découvert ces lignes, ces phrases de vie qui martèlent mes tempes ? On lit, puis on relit et on relit pour graver graver graver tous ces mots si bien ordonnés, qui font mouche, qui font comprendre la définition même de « sens ». 


Magnifique : à chaque relecture, impression de découvrir ce qu'il se joue pour la première fois, un nouveau sens apparait, des émotions rejaillissent tandis que d'autres poussent leur premier cri. Rien de plus fabuleux. Comme un éclair dans la nuit qu'on aimerait capturer. Insaisissable. 


Merci Joanne d'écrire, de partager tout ça avec nous, d'être toi !



Une claque !



 

« Ça m’a tué.

L’idée qu’elle se fasse du mal.

L’univers s’en charge assez, non ?

Ça doit être relou de guérir

en permanence. »