"1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes... Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile."
Sinon, il n'est pas difficile de sentir le rigoureux travail de recherches et d'archives effectué par l'auteur. C'est si riche, si intense, si passionnant de lire ce qu'il se passe, comment les choix des uns ou des autres ont un impact sur le cours des choses, sur le déroulement d'un évènement... Toutes ces batailles, ces blessés et ces morts déchirent le coeur et je ne pouvais qu'être saisie des orteils aux oreilles par la manière dont le tout est transmis : la plume de Jean-Laurent Del Socorrot m'a époustouflée ! Gros coup de coeur pour sa poésie chamboulante.
« Aujourd’hui, nous avons tout perdu : des vies, l’espoir de nous réconcilier et du temps qui ne se rattrapera plus désormais que dans le sang. Et notre humanité, enfin, si l’on peut encore en avoir quand on commande à des êtres vivants d’en tuer d’autres. »
J'ai souvent du mal à m'y retrouver lorsque 500 personnages viennent nous serrer la main, mais ici, il n'y en a pas 500 déjà, j'ai adoré rencontré autant de monde : la voix est donnée à toutes et à tous, que ce soit d’âge, de genre, d’ethnie, d’histoire ou de caractère différents ! J'ai trouvé facile de comprendre les émotions ainsi que les actions des personnages, comme si l'auteur arrivait à capter et retranscrire avec brio l'essence de chacun. La manière de partager chaque histoire singulière ne manque pas d'originalité, que ce soit à travers des lettres, de monologues intérieurs, de télégrammes,... Il en ressort un p'tit côté théâtrale qui rend la lecture d'autant plus captivante !
Même si l'on connaît l’issue de cette guerre, je ne pouvais m'empêcher de trembler et de frissonner face aux soldats transformés en chair à canon. Les descriptions font mouche, les batailles ouvrent le feu devant nos yeux, l'on devient sourd face aux bruits écoeurants que déversent les fusils accompagnés des râles déchirants des mourants, les paupières se ferment, les larmes perlent, les canons vomissent des boulets qui ravagent le paysage en même temps que les soldats... Poussière qui obscurcit la gorge, qui noie les poumons de toux saccadées,... La vue, l'ouïe, l'odorat, le touché et même le goût sont sollicités, corps du lecteur mis au combat...
Riche idée que d'avoir écrit sur la guerre de Sécession, une guerre peu connue (enfin, surtout pour moi aha), seulement évoquée en anglais au lycée et encore... Même si les batailles étaient terribles et que la peur, la haine et l'angoisse régnaient dans les coeurs, c'est primordial, essentiel de ne pas oublier une telle période, tous ces gens morts pour la liberté, l'égalité, la reconnaissance et le respect... Alors que le Sud luttait pour le maintien de l'esclavage, le Nord n'a pas lâché prise pour l'abolition de l'esclavage... Tristes pensées pour toutes ces familles et vies brisées... Quel déchirement de voir, de lire que les hommes préfèrent embrasser la haine, conduire des troupes entières au cimetière plutôt que de considérer autrui et la différence avec égard, sans mépris, surtout dans ce cas où la personne en face est estimée avec dédain, horreur à cause de sa couleur de peau, de ses origines.
« Tu vois, toi et moi, on se ressemble finalement. On contourne les règles parce que ça nous démange jusqu’au fond du coeur. Si on ne prend pas nos vies en main aujourd’hui, on aura la bouche tellement gavée de regrets qu’on ne pourra plus jamais dormir sans avoir du mal à respirer. » (C'est la fabuleuse Minuit qui dit ça <3 !)
On arrive vers la fin, don't worry, la pipelette a bientôt terminé... (Au moins, vous serez prêt(e)s pour le dodo (si vous n'avez pas déjà succombé...)). Non seulement le contenu, le fond de l'histoire est pépite, mais l'objet livre ne demeure pas en reste : une pure beauté ! La mise en page est magnifique ! On a le droit à une carte, à une liste des personnages répartis soit dans le camp du Sud, soit dans celui-ci du Nord, à leur surnom au début de chaque chapitre accompagné du drapeau de la partie du pays défendue, à une date et au nom de la ville ou de l'endroit où se situe le protagoniste du chapitre en question... Quel travail soigné, on est gâté !
Pour conclure, vous avez sans doute compris que je n'ai pas été déçue par ma lecture ! La touche de fantastique est légère, peut-être un peu trop ? Je n'ai pas à crier un gros manque de ce côté-là, par contre, j'ai été un poil déçue de la fin, ou plutôt surprise que ça se termine par ces mots... Mais heureusement, la nouvelle a dissipé cette légère amertume ! Elle est géniale. Puis comment rester insensible face au style remarquable de l'auteur ?! Chapeau de parler de l'Histoire à travers des histoires singulières, c'était puissant, j'étais subjuguée, bravo et merci !
Un coup de coeur pour une magnifique plume et une histoire riche, approfondie et amenée de façon originale !
« Nous avons saigné pour notre Nouveau Monde. Nous avons le droit d’en être les citoyens.
Pendant que d’autres se battent pour étendre cette liberté au Sud comme au Nord, je commence un combat pour que, demain, mes enfants ne soient plus jamais asservis. Personne ne me fera baisser les yeux. personne dans cette assemblée n’a de sang noir ou blanc. L’Amérique saigne d’une seule couleur. »






